Une humanité connectée… mais à quoi ?

Les nouvelles technologies nous promettent un avenir radieux où l’homme par sa créativité, sa capacité d’adaptation et son intelligence, aura su compenser les imperfections de la nature pour prendre en main son destin. L’homme, animal social, adaptable et communiquant, ainsi renouvelé par la science, pourrait alors réaliser pleinement son désir d’unité, voire de communion universelle. N’est-ce pas ce qui transparaît déjà dans le formidable essor des NTIC* et des réseaux sociaux ?

Le réseau internet ne cesse de s’étendre et connecte déjà 40% de la population mondiale, le taux d’internautes s’élevant au-dessus de 80% pour les pays les plus développés. Jamais les hommes n’ont été aussi proches les uns des autres, à une portée de quelques clics.

Jamais les hommes n’ont tant communiqué, et pourtant la multitude des conflits et des violences, au niveau international, mais aussi au sein de chaque société, semblent démontrer qu’on se comprend de moins en moins. Quel paradoxe !

En fait, les outils de communication mis à notre disposition nous permettent de nous exprimer et nous faire entendre du plus grand nombre. Et bien peu s’en privent, qu’il s’agisse de faire partager sa dernière recette, d’exprimer son émotion de l’instant, ou de commenter l’actualité. Face à cette cacophonie, heureusement, la technologie met à notre service des filtres et des outils de recherche permettant de ne retenir que ce qui nous intéresse. Nous pouvons donc nous abonner, sélectionner, puis « liker » et relayer les informations qui nous plaisent, qui nous sont proches.

A l’inverse, lorsqu’une information ou une opinion nous déplait ou nous heurte, nous pouvons aussi exprimer notre désaccord. Et si nous voulons avoir une chance d’être lu ou compris, la concision s’impose, les formules les plus courtes étant les plus percutantes. Sur twitter, une opinion tient en 144 caractères, ou ne s’exprime pas. Mais plus encore que le format, c’est l’intention même d’une publication ou d’un commentaire qui en fait une réponse lapidaire : on aime ou on n’aime pas, l’important est de donner son avis.

Ainsi, tout le monde s’exprime, mais personne ne s’écoute. Chacun recherche sur la matrice sa propre image, à travers sa communauté d’appartenance, et s’affirme en opposition à ceux qui contredisent cette image. Au point que certains pensent sincèrement défendre la liberté d’expression en réduisant au silence ceux dont les opinions sont pour eux inaudibles.

La puissance inouïe des technologies de la communication s’exercerait-t-elle donc au service de la toute-puissance plutôt que de la communication, développant les comportements d’exclusion plutôt que de communion ?

* Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication

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