Émotion créatrice

On dit souvent qu’il existe cinq émotions fondamentales : la joie, la colère, la peur, la tristesse et le dégoût. Ces cinq émotions peuvent se combiner et se décliner en une infinité de variantes, de nuances, comme une palette de couleurs révélatrices de nos états d’âme. Les émotions sont un langage de notre âme que nous devons découvrir et comprendre, car elles recèlent la clé de notre bonheur, qui passe par la connaissance de nous-même.

Or de même qu’il arrive parfois qu’au détour d’un sentier, s’ouvre à nos yeux un paysage teinté de couleurs nouvelles, ainsi des circonstances de la vie qui éveillent nos états d’âme et nous révèlent à nous-mêmes.

Ce matin, après la lecture publique d’un texte magnifique, j’ai pris conscience que j’avais ressenti une émotion bien différente et bien plus forte que ce que l’on met souvent sous le terme de joie. Je m’étais laissé habiter par ce texte, et la profondeur des paroles rejoignant ma profondeur intérieure, j’avais mis toute ma sensibilité et ma conviction dans la proclamation. J’avais ressenti l’harmonie qui m’unissait à l’auteur du texte, mais aussi à tout l’auditoire touché comme moi par ces paroles. Je me sentais vibrer intérieurement, transporté par la lecture des derniers mots. Je ne trouvais pas de qualificatif traduisant cette émotion, et à la réflexion, ce qui s’en rapprocherait le plus est l’exultation, ou l’enthousiasme.

D’autres circonstances permettent de ressentir une exultation similaire : faire chanter une assemblée, emportée dans un même élan d’harmonie et de beauté; interpréter une œuvre musicale avec toute sa sensibilité, vibrant intérieurement à l’unisson de l’instrument ; mettre la dernière touche à une peinture traduisant notre perception intérieure ; partager par un écrit ce qui habite le secret de notre cœur. Cette joie particulière, elle n’est pas réservée à l’artiste devant son œuvre. On peut la connaître face au sourire rayonnant d’une personne réconfortée, ou encore dans l’effort consenti pour une cause qui nous dépasse. Elle est d’une nature comparable à celle de la mère venant de mettre au monde son enfant.

Car cette exultation intense et profonde, c’est celle d’une double naissance. C’est à la fois la naissance d’une œuvre et la naissance de son auteur. La mère met son enfant au monde, mais l’enfant accomplit le destin de la femme devenue mère. Le tableau fait le peintre autant que le peintre fait le tableau. En s’associant personnellement à la création, l’homme s’accomplit lui-même, et cet acte créateur est marqué d’une joie incomparable, comme sacrée : un enthousiasme au sens étymologique, une joie d’inspiration divine.

Que l’on perçoive cette co-création comme un prolongement de l’élan vital de la nature, ou comme une participation à l’œuvre du Créateur, ce que marque l’émotion profonde qui accompagne l’action créatrice, c’est la réponse profonde à la vocation de toute vie humaine. Rien ne nous rend plus heureux que de créer à notre tour, qu’il s’agisse d’une œuvre esthétique, d’une joie partagée, d’un supplément de vie, que ce soit dans l’ordre naturel ou spirituel.

Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir.

Dans le contexte de notre société contemporaine, je l’exprimerais comme : il y a plus de joie à créer qu’à consommer.

Une humanité connectée… mais à quoi ?

Les nouvelles technologies nous promettent un avenir radieux où l’homme par sa créativité, sa capacité d’adaptation et son intelligence, aura su compenser les imperfections de la nature pour prendre en main son destin. L’homme, animal social, adaptable et communiquant, ainsi renouvelé par la science, pourrait alors réaliser pleinement Continuer la lecture de Une humanité connectée… mais à quoi ? 

Le laïcisme est-il la réponse à l’islamisme ?

L’islamisme radical qui est venu massacrer nos proches et nos familles jusque sur notre sol, a proclamé agir contre « la bannière de la croix ». Il ne fait aucun doute que, pour nos agresseurs, c’est l’identité chrétienne de notre nation qui en fait une cible. Lorsqu’ils ajoutent la référence aux « croisés », ils projettent sur le conflit du Proche-Orient une interprétation clairement religieuse. Pour beaucoup, la cause est entendue : on se massacre au nom de Dieu, et les religions sont irrémédiablement une cause de violence. Continuer la lecture de Le laïcisme est-il la réponse à l’islamisme ? 

Que faire de notre colère ?

La vague d’émotions consécutive aux attentats de Paris, et qui submerge depuis deux jours les réseaux sociaux, laisse s’exprimer tour à tour la stupeur, l’indignation et la colère. Cette colère est juste et doit pouvoir s’exprimer : colère contre la violence aveugle et contre ses auteurs, colère envers les erreurs et indécisions qui ont pu permettre ce drame, colère surtout contre l’inexplicable, l’injuste fatalité qui a frappé au hasard des innocents. Continuer la lecture de Que faire de notre colère ? 

La société du prêt-à-penser

J’ai parfois l’impression que le débat politique de notre pays ressemble à un concours de bonimenteurs qui s’efforcent de nous vendre des idées toutes faites et bien emballées, pour nous éviter de trop avoir à réfléchir. L’opinion publique se modèle à l’image de notre société de consommation. Continuer la lecture de La société du prêt-à-penser 

Obéissance, liberté et totalitarisme

Nous avons appris à nous méfier de l’obéissance, pour nous prémunir de la dictature. Après tout, lors du procès de Nuremberg, tous les bourreaux du régime nazi n’affirmaient-il pas qu’ils obéissaient aux ordres ? On serait presque tentés d’en conclure que la désobéissance est une condition de la liberté. Continuer la lecture de Obéissance, liberté et totalitarisme 

La fabrique de l’intolérance

Le plan d’action pour l’égalité entre filles et garçons, dévoilé par Najat Vallaud-Belkacem le mardi 25 novembre 2014, tout en revendiquant des intentions louables, va produire des effets exactement contraires à ceux annoncés.

En effet, l’objectif revendiqué par le gouvernement est de lutter contre les discriminations, Continuer la lecture de La fabrique de l’intolérance