Obéissance, liberté et totalitarisme

Nous avons appris à nous méfier de l’obéissance, pour nous prémunir de la dictature. Après tout, lors du procès de Nuremberg, tous les bourreaux du régime nazi n’affirmaient-il pas qu’ils obéissaient aux ordres ? On serait presque tentés d’en conclure que la désobéissance est une condition de la liberté. Pour certains, ce serait la définition même de la liberté : agir sans se laisser contraindre par aucune règle ni aucune autorité. Même pour ceux qui acceptent de se soumettre à des règles pour permettre la paix sociale et le bien être de chacun, l’exercice du libre arbitre semble être le meilleur garant contre le totalitarisme d’où qu’il vienne.

Alors prenons le temps de réfléchir à ce qui oriente notre liberté. Lorsque nous exerçons notre liberté, nous faisons des choix (sans choix, la liberté serait factice) conformes à nos souhaits, à nos désirs. Notre désir peut être orienté vers la recherche d’un plaisir, vers notre intérêt propre, ou vers l’intérêt de personnes à qui nous voulons du bien, ou pour le bien commun d’une communauté d’appartenance, ou encore pour une cause qui nous dépasse. C’est toujours un désir, la recherche d’un bien quel qu’il soit, qui oriente notre liberté.

Il est donc fondamental d’identifier ce qui constitue la source de notre désir, car c’est la garantie d’une véritable liberté. En effet, il existe de nombreuses manières de susciter notre désir. C’est ce que savent faire à merveille les sociétés de publicité, qui engagent des milliards en campagnes de promotion de leurs produits, car elles savent que c’est un investissement rentable. Et nous savons bien que la société de consommation ne répond pas à un besoin du consommateur, elle le suscite. Dès lors, l’acte de consommation est-il réellement un acte libre, si notre désir de consommer est soumis à ceux qui nous l’imposent ?

N’arrêtons pas notre raisonnement à la publicité et la consommation. Notre culture contemporaine est aujourd’hui véhiculée par des médias omniprésents qui façonnent notre imagination, notre représentation du monde et conditionnent nos désirs. Je ne crois pas exagérer en percevant dans la majorité des films, émissions ou débats télévisés que : le mariage est une contrainte qui tue le sentiment ; la religion est une aliénation source d’extrémisme ; l’abstinence sexuelle constitue une frustration dangereuse pour l’équilibre psychologique. Dans ces conditions, sommes-nous toujours libres de construire notre bonheur dans un mariage durable ? De rechercher Dieu et faire partager les richesses notre vie spirituelle ? De construire notre vie affective sans relations sexuelles ? Dans l’absolu oui. Mais en pratique, seuls ceux qui nourrissent ailleurs que dans les médias la conviction que c’est possible et bénéfique peuvent y parvenir. Ils sont généralement confrontés à l’incompréhension, l’incrédulité, ou à la désapprobation. Rien ne s’oppose alors à la publicité de Gleeden, autoproclamé « premier site de rencontre extra-conjugale », pour susciter les désirs d’infidélité et briser les mariages et les familles. La liberté de fonder un couple uni et une famille durable est bien fragile face aux injonctions permanentes à l’infidélité.

Lorsque de tels moyens existent de conditionner ainsi nos désirs, la liberté n’est alors plus un rempart contre le totalitarisme. C’est son meilleur instrument !

Mais alors, comment se prémunir d’une telle soumission de notre liberté ?

Etrangement, l’obéissance offre une clé qui nous ouvre la liberté et nous fait échapper aux conditionnements. En effet, ma liberté consiste à recherche ce qu’il y a de meilleur, ce qui suppose parfois (souvent ?) de s’affranchir de désirs immédiats, que d’autres peuvent susciter pour m’asservir. Ainsi, l’écolier révisera ses leçons sans céder à son envie de jeu vidéo, et fondera ainsi sa liberté future de choisi le métier qui le rendra heureux. L’homme résistera aux appels à l’infidélité de Gleeden, ou aux œillades de sa collègue de travail, par obéissance à son mariage, et fondera ainsi le bonheur durable de son couple et de ses enfants.

Face au conflit entre mon désir immédiat, et la recherche plus lointaine d’un bien supérieur, l’obéissance est souvent le meilleur instrument de notre liberté, et le meilleur guide de notre conscience.

A la lumière de ces réflexions, que penser de l’objection de conscience ? N’est-elle pas une désobéissance salutaire qui préserve nos sociétés de lois injustes et totalitaires ? En fait, l’objection de conscience est tout le contraire d’une désobéissance. Certes, il s’agit du refus d’obéir à un ordre social injuste qui enfreint un principe moral supérieur, un interdit fondamental. L’exercice de cette objection de conscience a souvent des conséquences lourdes qui l’apparentent plus à un sacrifice qu’à un caprice de la volonté.

En réalité, l’objection de conscience est avant tout une obéissance à une loi morale. C’est donc autant la capacité d’obéissance que l’éclairement de la conscience qui permettent cette véritable liberté, et contribuent à préserver nos sociétés de lois et d’ordres injustes et arbitraires.

Dans ces conditions, préserverons-nous nos sociétés du totalitarisme en cultivant la recherche d’une liberté toujours plus grande, ou en apprenant l’obéissance à des principes supérieurs qui guident notre conscience ?

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