Que faire de notre colère ?

La vague d’émotions consécutive aux attentats de Paris, et qui submerge depuis deux jours les réseaux sociaux, laisse s’exprimer tour à tour la stupeur, l’indignation et la colère. Cette colère est juste et doit pouvoir s’exprimer : colère contre la violence aveugle et contre ses auteurs, colère envers les erreurs et indécisions qui ont pu permettre ce drame, colère surtout contre l’inexplicable, l’injuste fatalité qui a frappé au hasard des innocents. Cette colère nous mobilise contre l’injustice dont nous sommes les victimes, personnellement ou collectivement. Nous sommes unanimes, solidaires de toutes les personnes directement touchées, et nous exigeons que la situation change, que les mesures soient prises, que les solutions soient apportées pour que jamais ne se reproduise l’inacceptable horreur de ces attentats.

Et des mesures d’urgence sont prises, et vont être mises en œuvre, autant que nos forces et nos moyens le permettent. Nous pouvons faire confiance à notre armée, nos forces de l’ordre, et notre renseignement intérieur et extérieur, et nous devons encourager nos responsables politiques à faire preuve de la fermeté qu’ils ont annoncée. Mais au-delà de ces mesures d’urgence, nous devons être conscients que le coup de colère ne résoudra pas tout. Il faut prendre les armes, mais les armes ne seront pas l’unique solution. Comme l’a très bien analysé le juge Marc Trévidic sur TF1, les terroristes comptent sur la fermeté de notre riposte pour accroître le recrutement des djihadistes, et préparer leurs prochains attentats. De nombreux analystes dénoncent ce cercle infernal de la violence, qui fait le jeu du terrorisme, et démontrent clairement que si on en reste à ces moyens, la guerre est perdue d’avance.

C’est donc par un profond réalisme, et non par angélisme ou par naïveté, qu’il faut rappeler que la réponse au terrorisme passe aussi par un profond changement culturel. Il est urgent de redécouvrir les racines profondes de notre culture, de retrouver le sens du bien commun, et de retrouver le vrai sens du mot liberté qui n’a rien à voir avec le libéralisme ni l’absence de toute contrainte.

Les excès de la culture hédoniste et individualiste font le nid de tous les extrémismes. D’abord ils brisent les ressorts de solidarité et provoquent le repli sur l’individualisme. Pour beaucoup de Musulmans, l’Oumma est le seul lieu de solidarité effective, ce qui nourrit un repli communautariste qui prépare la radicalisation. Ensuite le libéralisme qui n’accepte aucune entrave et relativise toute contrainte encourage également une recherche de repère stables. Si nous ne savons pas proposer ceux de nos racines culturelles, ne nous étonnons pas que certains aillent les chercher dans l’islam.

Pour désamorcer la radicalisation islamiste, il ne suffit pas de la force des armes, accompagnée d’un consensus culturel mou et informe. Nous devons aussi retrouver une culture forte, non dans un repli identitaire et communautariste, mais dans une élaboration d’un bien commun et d’une cohésion nationale qui résistent aux assauts de l’adversité et emporte l’adhésion de chacun de ses membres.

Alors oui, si je suis en colère aujourd’hui, c’est envers le renoncement à transmettre ce trésor de valeurs fondamentales de notre culture, qui nous laisse aujourd’hui désarmés et vulnérables. Cette colère est-elle suffisamment partagée pour provoquer un réveil des conscience, et un renouveau culturel ? Et encore faudrait-il nous souvenir de ce que sont nos racines culturelles. Nous pourrions alors redécouvrir pourquoi elles constituent la réponse ajustée aux dérives de l’islam.

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