Notre posture face au terrorisme

En ces heures marquées par le deuil et la souffrance de nos concitoyens, nous devons faire preuve d’unanimité dans la solidarité et la compassion.

Mais nous devons aussi nous souvenir de ce qu’est le terrorisme, d’où il vient et quels sont ses objectifs.

L’action terroriste n’a pas été inventée par l’islam et ne date pas de l’émergence d’Al-Qaida. Si le terme tient sa parenté du régime de la Terreur sous la révolution française (où il était l’outil de gouvernement d’un régime totalitaire), sa méthodologie actuelle a été largement élaborée et théorisée dans la seconde moitié du vingtième siècle, dans le cadre des actions subversives des guérillas communistes. Elle se distingue des actions de harcèlement et de guérillas classiques, qui ont toujours existé, par le fait que leur objectif premier n’est pas le dommage infligé, qu’il soit matériel ou humain. En ce sens, les actions de résistance dans la France occupée de 1940 à 1944 n’étaient pas  du terrorisme : l’objectif de ces actions de harcèlement était le sabotage effectif de l’occupant pour l’affaiblir matériellement, et s’il y avait désinformation, c’était à destination du renseignement adverse. A l’inverse, l’objectif premier du terrorisme n’est pas de faire des victimes ou des dégâts, mais de terroriser les populations, manipuler l’opinion publique, et paralyser les gouvernements pour les faire fléchir ou tomber. Le terrorisme ne trouve sa force que par la puissance médiatique. Roger Mucchielli l’avait parfaitement décrit dès les années 1970 dans « La Subversion », en analysant notamment les méthodes des Brigades Rouges.

Le terrorisme que nous subissons, lorsqu’il fait des ravages à coups d’armes blanches, de kalachnikovs ou d’explosifs, recherche surtout le relai médiatique pour paniquer les populations et déstabiliser les pays occidentaux. Je crains que nos médias, relayés depuis deux jours sur les ondes et par internet, ne jouent parfaitement le rôle attendu par les terroristes : nous sommes obnubilés et stupéfiés. Et si je me joins au mouvement général de compassion envers les victimes, j’aimerais en revanche que notre prise de conscience aille au-delà des incantations lénifiantes du style « Je suis Charlie », « Je suis Français ». Il ne suffit pas d’affirmer que toute la nation est unie contre l’adversité, pour que la solution soit trouvée et les mesures appropriées soient prises. Il ne suffit pas d’affirmer « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » pour que ce soit vrai. Les islamistes sont déjà sur notre sol et préparent le Jihad. Quelle réponse leur apporter ?

Le gouvernement fait face à la crise en décrétant un état d’urgence nationale. Mais certaines propositions évoquent plus une gesticulation médiatique qu’une véritable cohérence politique. Faut-il que la campagne électorale s’arrête, et que la démocratie cesse de fonctionner sous la pression? Envisage-t-on sérieusement de dissoudre les mosquées et de renvoyer chez eux les imams radicaux, après avoir pendant des années fait preuve d’angélisme coupable et de complaisance à l’égard des sources mêmes de cette radicalisation. Marine Le Pen peut se réjouir de voir le gouvernement socialiste fermer les frontières, et menacer de déchéance de la nationalité française les radicaux. Seraient-ils en train de démontrer qu’elle avait raison ? Aubaine électorale ! Mais le déni et l’inaction pendant des années n’ont-ils pas contribué à rendre ces mesures nécessaires?

Que peut-on souhaiter pour notre pays et nos concitoyens, au terme de ces quelques jours consacrés au deuil ?

En premier lieu, retrouvons l’attachement à notre culture, celle des droits de l’homme enracinés dans la dignité fondamentale de tout être humain. Mais plus encore, une culture qui fonde sa cohésion sur la recherche bienveillante du bien commun, la recherche altruiste du bien de l’autre au détriment de son bien propre. Oui vous avez bien lu ! Nous devons prendre conscience que notre société ne survivra qu’en rejetant la culture hédoniste du chacun pour soi, pour adopter celle du don de soi. Car il y plus de bonheur à donner qu’à recevoir, et il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. A l’image de ces sauveurs improvisés, couvrant de leur corps leurs voisins pour les protéger des balles des assaillants. Soyons conscients que le libéralisme amoral suscite le rejet des musulmans comme de tous les hommes de bonne volonté. Entre liberté débridée et soumission au fanatisme, nous devons reconstruire avec détermination une culture de bienveillance et d’altruisme, condition essentielle pour désamorcer la radicalisation islamiste.

Ensuite, retrouvons l’attachement à nos lois et aux forces de l’ordre qui les font respecter. Cela suppose d’accepter que le respect de nos lois passe par la répression de la délinquance autant que par l’éducation, et que la liberté puisse admettre des limites pour la préservation de notre bien commun. Certains prétendront qu’en contraignant la liberté, nos sociétés renoncent à leurs valeurs fondamentales et cèdent à la pression du terrorisme. Peut-être faut-il surtout redécouvrir que la liberté n’est pas le droit de faire n’importe quoi. La liberté repose sur la connaissance de ce qui est bon pour moi, et sur la capacité de l’entreprendre. Et mon bien passe par le bien commun de la société à laquelle j’appartiens. Nous devons retrouver ce sens du bien commun, que nos lois, nos forces de l’ordre et nos forces armées sont en charge de protéger.

Alors nous retrouverons à la fois les valeurs fondamentales de notre civilisation, et la capacité de les défendre face à ceux qui les agressent.

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